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Un printemps cuisant

Chers amis et fidèles de l'Arbre d'Or,

À la veille de l'équinoxe de ce printemps, douze ans de travail viennent de s'envoler en fumée.

Cet après-midi-là, j'étais assise à l'ordinateur dans le studio où je vis et je travaille, situé dans une grande maison qui appartient à des amis. J'ai entendu un crépitement bizarre dans la pièce d'à côté, j'ai ouvert la porte pour aller voir, une fumée noire et âcre avait envahi le haut du couloir.

Dans la cuisinette, le crépitement venait des flammes déjà énergiques qui dévoraient le frigo. Les flammes venaient du bas, là où se trouve le moteur; sur le dessus, la cafetière et la bouilloire avaient pris feu aussi, le tout dégageait déjà une grosse chaleur. Une micro seconde m'a suffit pour comprendre qu'il était déjà bien trop tard. L'estomac noué, j'ai appelé les pompiers avec angoisse.

Dans ces moments-là, on refuse d'admettre son impuissance et on tente l'impossible. J'ai voulu sauver du matériel, j'aurais voulu être Mary Poppins pour pouvoir, d'un seul geste, injoncter à toutes les affaires de se rendre dans le jardin, dans la plus grande discipline et en rythme… J'ai tout de même eu le réflexe de jeter mon sac et une veste par le balcon, j'ai tourné encore quelques précieuses secondes comme une poule affolée dans mon bureau, et puis je me suis dit qu'il fallait sortir d'ici. J'ai ouvert la porte et l'ai aussitôt refermée. La fumée avait totalement envahi le couloir, elle était dense et âcre, digne des meilleurs effets spéciaux du cinéma pour créer une ambiance diabolique. Il ne m'est plus resté qu'à sauter par le balcon. Un petit trois mètres de hauteur, pas bien le temps de faire dans l'académique, je me suis reçue façon sac de patates. Par quel miracle, sans mal, hormis quelques bleus.

Les deux heures qui ont suivi furent dantesques. Le feu s'est propagé extrêmement vite, les pompiers sont arrivés aussi vite que possible dans ce petit village là-haut sur la colline. La borne à incendie avait peu d'eau et de pression, ils n'ont pu que limiter les dégâts pour les maisons voisines. Au matin, il ne restait qu'un immense tas de cendres des deux maisons mitoyennes. Les habitants, deux familles et moi-même, à la rue avec pour seules possessions les habits du jour sur le dos et la désolation au coeur.

L'informatique et toutes les données sont perdues. Ne restent des éditions Arbre d'Or que les données en ligne, c'est-à-dire les fichiers à télécharger du serveur. C'est moindre mal, mais si je vous raconte tout cela aujourd'hui, c'est pour vous dire que le réel fonds de commerce, les fichiers InDesign qui permettent la mise sous pdf ou sous epub, sont perdus. Reprendre le texte à partir d'un pdf signifie refaire tout le travail de mise en page et correction typographique.

Nous avions opté au départ pour un format A4 prévu pour les imprimantes domestiques. Avec l'arrivée des tablettes, la police de caractères et le format n'étaient pas optimum. Depuis des mois, je travaillais à reprendre ces fichiers pour les proposer dans un pdf agréablement lisible et au format epub. Tout cela est fait à partir du fichier InDesign.

Ces derniers temps, les ventes étaient faibles. Je cherchais d'autres solutions, peut-être des partenariats avec d'autres éditeurs, d'autres débouchés. Je venais de mettre à jour la base de données et à scanner ainsi le catalogue, je me disais qu'il y avait une très jolie petite «bibliothèque d'Alexandrie» et j'étais fière du travail accompli.

Je n'ai jamais été seule sur ce projet. Certains d'entre vous sont des auteurs au catalogue, d'autres des collaborateurs émérites qui avez numérisé des kilomètres de texte et c'est avec une profonde tristesse que je vous annonce cette nouvelle. Le site va rester en ligne, il n'y a aucune raison de l'en retirer. Mais de quoi sera faite la suite, je l'ignore.

J'ai trouvé refuge chez mes parents à Genève et les assurances vont probablement rembourser mais ne pourront pas remplacer les données perdues. Cette lettre d'infos est pour vous donner la nouvelle, d'une part, et pour faire appel à votre aide. D'abord, votre énergie et votre soutien moral. Pour pouvoir, tel le phénix, renaître de ces cendres-là, j'ai besoin que vous en ayez besoin. Aimez-vous l'Arbre d'Or, voulez-vous qu'il continue son oeuvre de diffusion de la connaissance? Alors dites-le moi. Et puis envoyez-moi ce qui fait sens pour vous: des prières, Dieu, des anges, Bélénos... J'ai besoin d'énergie, dans un premier temps, pour décider de continuer.

Ces dernières semaines, je me demandais vraiment si le eBook, qui cartonne aux Etats-Unis, avait la même chance chez nous. Je me disais que peut-être la mentalité européenne n'était pas la même et que le créneau n'était pas vide mais tout bonnement inexistant. Votre retour m'aiderait donc puissamment. Vos suggestions, vos besoins, vos messages d'amitié, votre aide et éventuellement vos dons, même modestes, m'indiqueraient que le service que je procure depuis un peu plus d'une décennie est apprécié et utile.

J'ai également besoin d'un revenu. Alors tout mandat de travail rémunéré qui soit dans mes cordes est le bienvenu, merci de faire passer l'info. Mise en page, relecture, correction, réécriture. Tous travaux de rédaction, traductions (anglais), voire même tout travail de saisie informatique qui me permettrait de me refaire une santé financière.

Vous pouvez adresser vos messages et vos dons sur paypal.com avec l'adresse : ventes@arbredor.com

Je vous remercie de votre soutien fidèle et vous souhaite un printemps lumineux.

Patricia Eberlin

PS. J'ajoute que le site reste totalement opérationnel, les flammes ne sont pas allées jusqu'au serveur qui nous héberge. Vous pouvez donc continuer vos emplettes en toute sécurité.