| Parmi les nombreuses épidémies morales connues sous le nom de démonomanie ou de démonopathie, celle qui agita, au milieu du dix-septième siècle, les Ursulines de la ville de Loudun, a plus particulièrement éveillé l’intérêt des historiens et les études des physiologistes. Il en est, sans doute, beaucoup d’autres plus effroyables, et par leurs conséquences immédiates et par le nombre des victimes immolées à l’esprit de superstition. Ici, en effet, il n’y a qu’une victime ; tout paraît disposé, conduit et dirigé pour la perte d’un seul homme. Mais c’est précisément cette circonstance qui, concentrant tout sur une seule tête, donne un puissant intérêt à ce drame d’un merveilleux lugubre, qui n’a pas duré moins de six ans, et auquel ont pris part, soit comme témoins, soit comme acteurs, une multitude de personnages divers, juges d’église et juges séculiers, médecins et chirurgiens, exorcistes de toute robe, roturiers et gens nobles, tant français qu’étrangers, hommes d’État, et même princes et princesses. |