Michel Cazenave, ANDRE MALRAUX

Michel Cazenave
ANDRE MALRAUX
Entretiens, Étude, Documents

COLLECTION GENS DE L'ETRE

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C’est à la découverte d’un Malraux plus essentiel que sa légende que nous invite ici Michel Cazenave. A la lecture d’une œuvre que les engagements successifs ont peut-être occultée. Au cœur d’une interrogation religieuse, au service de la création. Malraux est « de ces quelques auteurs, et ils sont rares, il est vrai, qui découragent toute critique si elle se veut littéraire. Disséquez-les à votre aise : il y a une âme invisible, un frémissement de la plume qui est d’au-delà de l’histoire, et qui échappe à jamais.
« On connaît la boutade qui fit fortune au siècle dernier “ L’âme ? Je ne sais pas ce que c’est. Je ne l’ai pas rencontrée sous mon scalpel... ” L’âme de Malraux existe. La critique l’ignore, et elle l’ignore d’autant plus qu’elle se met en tête de vouloir la cerner. On ne va pas vers la Vie avec des mains déjà mortes. Ce n’est pas au Tombeau qu’on rencontre la Résurrection, mais là où les disciples désespèrent, dans la chambre muette ou au chemin d’Emmaüs :
“Voyez mes mains et mes pieds. C’est bien moi ! Touchez-moi, et rendez-vous compte qu’un fantôme n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai — même si ma chair et mes os sont transfigurés dans leur gloire.”
« Ainsi de Malraux. »

Michel Cazenave a connu André Malraux dans les quatre dernières années de sa vie. Il était le délégué général de l’Institut Charles de Gaulle dont Malraux était le président. Il lui rendait compte à peu près trois fois par an, et son rapport terminé, Malraux avait un geste de la main pour balayer la table basse devant laquelle ils étaient assis. « Son regard s’allumait en souriant à demi, et je savais que cela voulait dire : “Bon, maintenant, vous pouvez y aller... ”
Michel Cazenave l’interrogeait donc, « non pas tant comme un maître que comme le témoin de mes propres questions... Je savais que chaque fois, devant lui, il y avait un moment où quelque chose allait se déchirer en silence, et où je percevrais le passage subreptice de la mort. Mais d’une mort différente, que je sentais dans ma chair sans pouvoir la préciser. Ce n’était pas le trépas... C’était, bien plus abstrait, mais d’une abstraction religieuse qui posait l’essentiel : qui a décidé de cette vie où notre âme s’englue ? »

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Illustration de couverture : André Malraux
Composition et mise en page : © ATHENA PRODUCTIONS / DMi