Michel Camus, Hymne à Lilith

Michel Camus
HYMNE A LILITH

COLLECTION POÉSIE – Contemporains

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Les témoins sont rares de la réalité vivante de ce feu qui « peut s’unir à la mer sans mourir » et nous fait violence « en donnant des yeux à nos cendres ». Qui ne s’est pas rendu sensible aux vertus de cette ignition, de cet incendie contemporain de la prime aurore croira que c’est par manière de métaphore que le poète invoque le feu vivant ? Le registre, ici pourtant, n’est pas métaphorique, il est « métamorphique ». Michel Camus rend compte de « cela » que les alchimistes appelaient : le feu inné de la pierre, le fils et vicaire du soleil, le fœtus spagyrique (l’homonculus chez Paracelse), le commencement des commencements. Chez les adeptes du shivaïsme, on reconnaîtra « l’agitation » de la Mahadêva ou la « magie » de Vishnou présente en tous les êtres.

Comment le poète et l’amant sont-ils mieux informés que quiconque sur l’étrange réalité des épiphanies de ce feu ? C’est qu’il leur a été donné de rencontrer la femme, notre femelle toute-puissante, la matrice de l’origine, la sirène celtique, la Mélusine de notre moyen âge ; non la figure de proue mais la figure de chair. La vivante. L’insatiable.
Il l’a reconnue « la prêtresse de la vocation du ventre » à ce qu’elle savait chanter « le chant animal de la chair ». Et cette reine des « fêtes primitives de l’oubli », cette « organiste savante des grandes orgues charnelles » a su se dévêtir, le dévêtir aussi des pièges et méandres « des plis et des replis de l’identité ». Le piège quotidien du fabuleux Dédale.
Quand Elle se donne à lui, quand il se livre à Elle, s’effondrent les cloisons du labyrinthe ! Et deviennent perceptibles « l’invisible lumière du cœur », « le soleil du dedans ». Naît alors, dans la durée sans instant, le « fils du roi », le « Rebis », « l’être secret qui a pour nom le Vivant sans visage ».
Carnet de route d’un homme des confins à qui la grâce a été donnée de connaître la femme et de n’en n’être pas effrayé. L’Hymne à Lilith de Michel Camus n’est pas un exercice littéraire et ne doit pas être lu comme un ouvrage écrit « pour faire beau ». Il nous est donné pour être médité comme un cantique ou un mantra. Indispensable pour cheminer vers cette disposition essentielle de l’esprit qui restitue à l’amour humain intégralement incarné son sens et sa réalité d’authentique prière.

Philippe Camby

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Extrait
Illustration de couverture : La diablesse, © Jean-Pierre Ceytaire, 1996. D.R.
Composition et mise en page : ATHENA PRODUCTIONS / PhC