|
Jean-Claude Frère nous explique ce que fut laventure inouïe de ces hommes. Hérétiques pour le monde islamique, cuménistes avant lheure, ils tinrent le sublime pari de faire triompher le monde de lEsprit du monde de la matière. « Ils ouvrirent une porte sur la lumière des orients éternels pour tous les curs épris de pureté et aspirant à lavènement dun monde régénéré. » Beaucoup plus proches des ésotéristes chrétiens que les musulmans sunnites, les Ismaéliens apparaissent ici, dans toute leur resplendissante jeunesse. « Cest le monde de la gnose qui sattaque au monde profane, et, quelquefois, pour des raisons de survie de lOrdre, les Ismaéliens réformés dAlamoût (du nom de la citadelle du Roudbar qui fut le centre du mouvement) durent devenir des guerriers et des politiques. Alors, méprisant lordre humain et les lois des États, ils agirent par tous les moyens qui étaient à leur disposition. Mais jamais pour autant le crime politique ne fut, contrairement à ce que lon a pu écrire, lusage commun des actions de cet Ordre. »
Sappuyant sur les documents les plus rares, les moins connus, presque tous inédits, Jean-Claude Frère plonge le lecteur dans les sources mêmes du monde fascinant des compagnons de Hasan Sabbah, « Amis de Dieu », et Veilleurs (en grec Egregoroi, doù le mot « égrégore », « rassemblement des veilleurs », cest-à-dire des chevaliers de lesprit) qui préparaient lhumanité nouvelle. Il souligne combien le fidèles (Fédawis) ne vivaient plus dans le cycle de lhumanité mais se mouvaient dans le « Troisième Règne », celui de lEsprit, du Paraclet (alfarkalit), qui doit suivre le règne du Père et celui du Fils. Ainsi, la prophétologie ismaélienne nous offre une attente spirituelle, un millénarisme sensiblement proche de celui que connut lOccident avec la doctrine du Paraclet chez Joachim de Flore à la même époque.
Il restitue à ces « Veilleurs » du monde de l’Esprit la situation qu’ils méritent dans l’aventure spirituelle des grands mouvements ésotériques.
|