Adolphe Orain

Imagine-t-on encore cette Haute-Bretagne dans laquelle Adolphe Orain naquit, à Bain-de-Bretagne ? Les chemins de fer étaient inconnus alors ; le télégraphe était aérien et les loups, en ces temps-là, couraient la lande de Bagaron et le bois Perrin, sur la route de Rennes à Nantes.

L’enfant ainsi bercé d’histoires et d’authentiques anecdotes se qualifie lui-même de rêveur. Il aime l’école, les livres, et se passionne pour les oiseaux et le braconnage. L’école est lugubre : une « misérable classe » dans laquelle s’entassent une centaine d’élèves et un instituteur... « Jamais pièce ne fut plus malsaine pour y enfermer autant d’enfants. Elle était tellement humide qu’il y avait (...) tout le long des murs, une rigole remplie d’eau. Les élèves punis étaient chargés de jeter cette eau dans la cour, et ils se servaient pour cela de leurs sabots. A trois heures en hiver il faisait presque nuit dans cette sorte de cave servant de classe. Il était alors impossible de lire ou d'écrire. » La discipline est d’époque : « Pour une bagatelle notre maître nous donnait un coup de règle, ou nous mettait au pain sec, c'est-à-dire qu'au lieu d'aller déjeuner chez soi, on restait en classe, à manger un morceau de pain qu’un camarade allait chercher chez nos parents. »

N’importe. Le jeune Orain apprend si bien l’arithmétique à cette école qu’il pourra, plus tard, à la préfecture, devenir chef de la comptabilité. Tout ce qu’il saura d’autre, il l’apprendra lui-même à l’école des livres et des champs. Il lit Buffon, Robinson Crusoé et les Fables de Florian, se mêle de rédiger des fables, à son tour. On se moque de lui. Il cesse. Ce seront ses premiers essais littéraires.

Son oncle lui « apprend les nids » et lui confectionne des tremées (cage en bourdaine, défoncée, posée par terre et soulevée du devant au moyen d’une baguette qui pénètre à peine dans une entaille faite dans un petit bout de branche pendu à l’avant de la tremée. Des brindilles en grand nombre reposent sur la baguette et, lorsque les oiseaux marchent dessus, ils détruisent l’équilibre du piège, c’est-à-dire que la cage tombe sur eux et les fait prisonniers. Une ouverture fermée par un bouchon de paille permet de les saisir avec les mains.) Quand des oiseaux rares étaient pris : pinsons des Ardennes, pies cendrées, etc, il les mettait en cage où la plupart du temps ils se laissaient mourir de faim. La recherche du nom des prisonniers le préoccupait beaucoup et fit qu’il ne tardât pas à se livrer, Buffon en mains, à l’étude de l’ornithologie, passion qui le poursuivit toute sa vie au point d’apprendre la taxidermie. Il publiera en 1868 : Le Nid, une histoire en prose et en vers des oiseaux de Bretagne.

Son père est mégissier : tanneur et teinturier, il possède un moulin ; sa mère travaille chez le grand-père, propriétaire de l’hôtel de La Croix-Verte, à Bain. Les braves gens ne sont pas riches. A treize ans, il faut travailler. Son premier emploi décidera de sa vocation de fonctionnaire. Un cousin germain de sa mère, nommé percepteur à Bain, l’embauche. Il travaillera ensuite au bureau de l’enregistrement à Rennes

Adolphe Orain

Adolphe Orain
(1834 – 1918)

puis à la préfecture jusqu’à devenir chef de bureau à la Troisième Division (les Finances). Il entra donc, très jeune, à la préfecture d’Ille-et-Vilaine où il devait travailler trente-cinq ans. Mais sa vocation administrative ne lui interdit pas de se consacrer à de passionnants travaux littéraires et de collaborer à de nombreux journaux et à des revues telles que l’Hermine, la Revue de Bretagne et d’Anjou, la Revue des Traditions Populaires, etc. Pendant de longues années, il dirigea la Dépêche Bretonne, journal républicain quotidien paraissant à Rennes.

En 1866, il fit paraître un volume de poésies, les Filles de la Nuit, qui eut un succès considérable et connut l’honneur de traductions à l’étranger. En 1868, il publie Le Nid, histoire et descriptions en vers et en prose des oiseaux de Bretagne.

Puis, parcourant en tous sens sa patrie gallèse – et notamment, la capitale des songes celtes : Brocéliande ! Il en rapporta des études et des impressions sous le titre : Une Excursion dans la Forêt de Paimpont. – il en recueille le folklore (Le Folklore de l’Ille-et-Vilaine, 1901), note les chansons, (Le Recueil des Chansons Populaires d’Ille-et-Vilaine, 1887, les Chansons de la Haute-Bretagne (1902) et les éléments les plus typiques de sa langue (Le Glossaire du Patois du Département d’Ille-et-Vilaine. Lettre préface de Luzel, 1886) et, après en avoir fouillé les archives, il publie un ouvrage qui servira longtemps de référence aux historiens : Géographie pittoresque du département d’Ille-et-Vilaine, 1882). Enfin, il rassemble, en deux volumes (Contes de l’Ille-et-Vilaine, Contes du pays gallo) une authentique somme de traditions gallèses dont la saveur unique ne nous aurait pas été aussi intégralement transmise sans lui. Il meurt en 1918, à Bain-de-Bretagne, dont il avait été élu maire.

De tous les collecteurs des contes de nos ancêtres, Adolphe Orain reste sans conteste l’auteur qui nous aura le plus sûrement et le plus naïvement transmis les terreurs, les rires et les saveurs d’une enfance gallèse.

Olivier Eudes

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