« Thérèse d’Avila, » précise Jean Anglade, « c’est toute l’Espagne charnelle et passionnée. Dire “charnelle et passionnée”, c’est commettre un pléonasme, car toute passion vient de la chair. Même la passion pour Dieu. Encore enfant, elle s’enfuit un jour de la maison paternelle avec un de ses frères pour aller chercher le martyre chez les Maures, espérant qu’ils voudraient bien lui couper la tête. Est-ce que cela ne ressemble pas à un suicide passionnel ? Maurice Barrès compare à des “alcôves” ces églises espagnoles où il a vu des femmes promener un linge humide sur le corps nu du Crucifié. Est-il réellement condamnable d’éprouver pour le Christ ou pour la Vierge un amour-passion, c’est-à-dire dans lequel entre un élément charnel ? Dieu qui connaissait bien le cœur de l’homme, pour l’avoir fait, ne l’a-t-il pas accepté ainsi, voulu ainsi en s’incarnant pour être mieux aimé ?
» Cette passion ne vint pas à Thérèse comme un coup de foudre. Avant d’entrer au couvent, elle mena une vie mondaine et eut même certaines liaisons qui auraient pu devenir dangereuses. Son père coupa la racine du mal en l’enfermant dans un couvent. Ces maisons n’étaient en ce temps-là pas tenues à la clôture. Thérèse recevait des visites jusque dans sa cellule. Une telle vie dura près d’une vingtaine d’années pendant lesquelles, selon sa propre expression, elle s’efforça d’associer « le ciel et la terre. » Une lecture assidue des Confessions de saint Augustin et la mort de son frère Antonio produisirent en elle une conversion : elle comprit qu’elle devait à Dieu le don tout entier d’elle-même.
» A partir de 1558, elle entreprit de réformer l’ordre du Carmel, au prix de difficultés et de persécutions innombrables, établissant à Avila, Tolède, Valladolid, Salamanque et ailleurs des couvents pauvres et austères. Au début, elle ne possédait que trois ducats. “Thérèse et trois ducats, ce n’est rien, disait-elle ; mais Dieu, Thérèse et trois ducats suffisent pour conduire tout à bien.”
Sainte Thérèse a été béatifiée par Paul V en 1614 et canonisée par Grégoire XV en 1622.

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Thérèse d'Avila
(1515-1582)
Je me suis livrée et donnée tout entière,
Et jai fait un tel échange
Que mon Aimé est tout à moi,
Et moi toute à mon Bien-Aimé.
Lorsque le doux chasseur
Contre moi dirigea son tir,
Mon âme vaincue sabattit
Entre les bras de lamour
Atteignant une vie nouvelle,
Jai fait alors un tel échange
Que mon Aimé est tout à moi,
Et moi toute à mon Bien-Aimé.
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Nul autre amour je ne demande,
Puisquà Dieu je me suis livrée,
Que mon Aimé est tout à moi,
Et moi toute à mon Bien-Aimé.
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